Kelley WALKER

 


Vernissage le lundi 16 octobre 2017 à 18h
Exposition du 17 octobre au 30 décembre 2017

 

Kelley Walker est né en 1969. Succédant à la « Picture génération » (Louise Lawler, Richard Prince, Jack Goldstein, Cindy Sherman, Robert Longo…) qui s’était associée à l’appropriation du média photographique Post-pop, il appartient à la génération d’artistes qui intègre l’informatique, la photographie numérique et les logiciels de retouche d’image. Pratiquant l’emprunt, l’appropriation, le détournement, la collision entre images, il puise son répertoire dans les flux nouveaux de la culture populaire et des moyens de communication numérique. Piratant codes et symboles, il retraite et retravaille les archétypes contemporains, les recyclant pour établir, le cas échéant, des correspondances entre les directions présentes et l'histoire, la politique et la vie artistique américaine.
 
Kelley Walker élabore, dans un esprit délibérément cynique, des images dites 'énergisées' qui interrogent le système médiatique dans son ensemble, les notions d'auteur et de spectateur, d'originalité et d'authenticité, comme de reproduction et de circulation des images. Face à l’abondance au milieu de laquelle il est né et qui s’accroit chaque jour davantage, il pose une unique question : « Pourquoi créer une image maintenant ? », au sein d’un immense système d’images autour de nous, orgiaque, anonyme, désubstantialisé, fluctuant, permutable, où chacune en vaut une autre. Kelley conclut simplement qu’un jeu infini s’offre à l’artiste, dès lors qu’il décide souverainement que tout ce qui est visible lui appartient et n’est que matière à sa disposition.
 
Pour le Mur, il recombine une image publicitaire iconique, emblématique de l’une des campagnes les plus célèbres des années 80 : celle de Richard Avedon pour Calvin Klein, en 1981, qui avait acquis une aura toute particulière pour une génération de jeunes filles. Elle représente les longues jambes spectaculaires de Brook Shields dans un jean près du corps. Elle vise à faire courir un vent de liberté auprès de toutes les jeunes femmes, qu’elles soient urbaines ou non, leur suggérant d’adopter le jean comme une seconde peau. Elle leur indique qu’enfin elles pourront être libres de leurs mouvements tout en devenant subliment féminines. Le jean ne sera plus la marque de garçons-manqués en mal d’adrénaline, mais l’instrument discret d’une androgénie gracieuse, dépourvue de toute vulgarité comme de toute ostentation pornographique.
 
La numérisation, l’imprimante digitale, la machine à découpe au laser n’y sont pas utilisées en vue d’une célébration de la technique pas plus que d’une virtualisation du thème original. Elles autorisent d’abord une transposition « phénoménologique » sans jugement, telle qu’elle, d’images traitées sur un même plan, sans hiérarchie de valeurs. Pour leur fournir une dynamique additionnelle, l’image est tractée au maximum de la surface mural pour révéler ses propriétés architecturales et physiques. L’artiste pousse ensuite la manipulation jusqu’au désossement, introduisant la découpe par caches géométriques. L’image subit une infinitude de plis sur elle-même s'articulant à l'intérieur de cadres. Brook Shields tourne lentement autour d'elle même, l'espace s'ouvre avec elle, l'image du vortex est au coeur de la conception de Kelley.
Les manipulations s’étendent au-delà de la surface plane, celles de la reproduction classique en 2D, faisant du substrat initial une matière vivante qui peut être modelée, sculptée comme un objet. Le mode de traitement, qui proportionne l’image à la grandeur nature de son sujet, permet finalement de confronter le visiteur non plus à une simple image mais à un volume caractéristique d’une sculpture. 

 

Kelley Walker a exposé au centre d'art Le Consortium, Dijon en 2011 et en 2014.
 

Special thanks to Catherine Bastide & Paula Cooper Gallery